couleurs et partis politiques

images-10Quel rapport entre le bleu et la droite ? Pourquoi les partis d’ultra gauche utilisent-ils le rouge ? Quels sont les codes couleurs utilisés dans les affiches électorales ? Petite analyse à partir des cantonales !

Commençons par un rapide retour dans l’Histoire nous aide à comprendre cet héritage symbolique…

Un héritage historique : drapeau blanc, drapeau rouge et drapeau tricolore

Hors de la symbolique religieuse et morale, il convient de s’arrêter sur le mouvement social de ces trois couleurs, matrice de la nation (et structurantes dans les affiches électorales) : le bleu, le blanc et le rouge. C’est à la veille de la prise de la Bastille qu’il faut revenir. Michel Pastoureau (in Les emblèmes de la France) nous explique plusieurs choses :

  • le drapeau blanc est celui de la Contre-Révolution. Dès la fin du Moyen-Age, le blanc est en France une couleur royale. Des événements entre 1789 et 1792 en fond un emblème de soutien au Roi
  • le drapeau rouge est celui du peuple. Sous l’Ancien Régime, un drapeau rouge est hissé pour que les foules s’éparpillent, c’est «un signal préventif et un symbole d’ordre». Un événement va apporter au rouge une toute : le 17 juillet 1791, le roi est arrêté à Varennes, la foule est rassemblée pour signer sa destitution. Celle-ci étant trop nombreuse, le maire fait hisser le drapeau rouge. Mais les gardes nationaux tirent avant que la foule ait eu le temps de s’éparpiller. Le rouge devient un symbole, celui du «peuple opprimé , révolté, prêt à se dresser contre toutes les tyrannies», «il fait couple avec le bonnet rouge, celui des sans-culottes et des patriotes les plus extrémistes.
  • le drapeau tricolore devient, quelques décennies après la prise de la Bastille, «un drapeau d’ordre et de légitimité». Avant, il y a la cocarde. Selon Michel Pastoureau, le 14 juillet 1789, la cocarde tricolore n’existe pas, elle fut crée peu de temps après. L’union de ces trois couleurs que sont le blanc, le bleu et le rouge reste énigmatique. On peut toutefois noter la concordance de ces couleurs et de ces formes rectilignes avec le drapeau des Etats-Unis d’Amérique, suite à leur Révolution. Les trois couleurs sont donc une combinaison connue depuis une décennie en France et sont portées par «tous ceux qui adhèrent de près ou de loin au mouvement des libertés». Le bleu retrouve donc cette couleur «consensuelle» décrite par Pastoureau dans la plupart de ses ouvrages. Et n’oublions pas que le bleu et le blanc était la couleur de la Garde Nationale.

Couleurs et partis politiques français

Cette trichomie structurante devient bichromie dans les partis politiques . En effet, l’imprimerie ayant développé un système bicolore noir et blanc, le blanc renvoie à du «vide», à du «rien». Peu de partis politique le mettent en scène de manière structurante. Sur les affiches électorales, le blanc vient «couper» la couleur ou sert simplement de fond (texte en noir), ou bien il fait ressortir le lettrage sur un fond de couleur. Le blanc est donc principalement utilisé comme fond ou comme valorisation d’un titre, très rarement comme couleur de texte.

Le rouge et le bleu sont, quant à eux, beaucoup plus structurants. Le rouge, nous l’avons vu, par héritage historique et symbolique, c’est la couleur des socialistes et de l’extrême gauche, couleur de la voix du peuple, liée à la «revendication», et à la Révolution. C’est dans tous les cas une couleur tempétueuse, celle du soulèvement et du sang. Pour le bleu, c’est une toute autre histoire. C’est la couleur de la France (Pastoureau nous dit : «il y a une continuité du bleu»). Pour autant, nous l’avons vu, un drapeau bleu est moins emblématique qu’un drapeau rouge ou blanc. Le bleu, c’est aussi la couleur de la légitimité, de l’autorité (pensons aux couleurs des uniformes).

Or, ce sont ces mêmes constructions symboliques que nous retrouvons dans les discours des partis politiques. Le PS se positionne davantage du côté de la voix du peuple («solidarité», «ensemble», «social», etc.) et de la remise en cause du pouvoir en place pour les partis d’ultra-gauche («Nos vies, pas leurs profits», «avec des élus proches et combattifs, etc.). Alors que l’UMP se positionne davantage du côté de la légitimité («il est donc cohérent que ce soit le Maire qui défende les projets municipaux», «avec vous j’entends», «je m’engage à»). La distance sociale mise en scène par le discours et par un jeu chromatique symbolique n’est pas le même. D’un côté un «nous» fondateur de valeurs, de l’autre un «je» initiateur d’action.

Ce système symbolique chromatiquechromatique très codifé semble se retrouver tant dans le discours que dans la scénographie des affiches électorales. Mais il est intéressant de constater  les «écarts» à ce code.

L’émergence d’un nouveau système chromatique

L’émergence de nouveaux codes chromatiquechromatiques est plus importante à gauche et dans les partis dits «centristes» qu’à droite qui conserve un bleu dominant.

C’est en 1971, lors des élections présidentielles, que l’emblème du poing et de la rose est reconnu comme celui du PS. Un emblème qui semble inspirer le système chromatiquechromatique actuel des affiches électorales. En effet, il semble que le rouge, traditionnellement couleur de toute la gauche, appartiennent surtout à l’ultra-gauche puisque le PS  tend vers un rose vif, un rouge moins sanguinaire et plus modéré ?

Par ailleurs, l’émergence d’un nouveau parti lié à des problématiques modernes d’écologie et d’environnement fait entrer dans le système une nouvelle couleur : le vert. Michel Pastoureau nous rappelle que ça n’a pas toujours été la couleurs de la nature, cela date de l’époque romantique.

Le Modem a inscrit une nouvelle couleur au sein du système le orange : couleur du dynamisme et du mouvement , elle tranche avec les autres couleurs («aujourd’hui, on a transféré sur cette couleur, les vertus de l’or et du soleil». Le violet, dégradé entre bleu et rouge, est mis en scène par Debout La République. Le violet est-il plus proche du bleu ou du rouge ? «Pour les sociétés anciennes, le violet est davantage perçu comme un bleu foncé»…

Notons également la radicalisation de certaines affiches du NPA ou PCF qui ont des affiches reconnaissables de loin, elles sont faites de noir, blanc et nuances de gris. Ce qui n’est pas sans rappeler le noir des drapeaux de pirates… Elles renvoient également aux signifiés d’austérité et d’économie.

Tentative de classement des couleurs des partis politiques

On peut donc voir une évolution dans l’usage des couleurs ces dernières années et qui correspond à l’émergence de nouveaux partis qui tentent de dépasser la dualité droite (bleu) versus gauche (rouge). En cela, elle réinvente d’autres couleurs, qui ne sont pas dans l’héritage historique du drapeau tricolore mais peuvent s’en rapprocher (on peut ainsi comprendre le rose comme une nuance de rouge et le violet comme une nuance du bleu) ou, au contraire, vouloir signifier une voix nouvelle et s’écarter des couleurs nationales héritées, le vert et le orange fonctionnant comme de nouveaux pôles chromatiques.
L »imprimerie étant basé sur le système «caractère noir sur fond blanc», nous comprenons souvent le blanc et le noir comme des non-couleurs mais Pastoureau nous rappelle que ce sont des couleurs à part entière. Dans le systèmes des affiches électorales, ces deux couleurs fonctionnent effectivement comme la négation des autres partis «colorés».
On peut essayer de résumer et de formaliser les choses de la manière suivante :

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Et l’on voit à quelle point une couleur peut «dire» les lignes d’un parti politique. Ainsi, sans connaître le programme, on peut imaginer que Debout la République se présente comme une alternative à la droite classique, que le Modem se veut tout à fait novateur et sans lieu avec la droite classique ni la gauche. Si le orange est un dégradé du rouge, il est dans notre schéma hors système car sans lien avec la couleur bleu, ce qui n’est pas le cas du violet et du rose. Le noir et le gris, repris récemment par les partis de l’ultra gauche  connotent l’ «économie», la «sobriété» mais aussi donc l’ «anti-système». Quant au vert… Symboliquement, il n’a aucun lien avec le rouge.

Les écarts des affiches électorales

Les couleurs contiennent des enjeux symboliquement forts, parfois tellement puissants qu’il n’est pas besoin de lire pour savoir à quel parti appartient telle affiche. Bien sûr, d’autres indices viennent infirmer ou confirmer cette interprétation (photo, vocabulaire, etc.)

Par exemple, voici des affiches très normées : on y reconnaît le bleu traditionnellement à droite, le rouge, traditionnellement à gauche, le vert, traditionnellement écologique et le noir et blanc, à l’ultra-gauche.

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Mais alors, que penser de certaines affiches qui jouent sur une ambiguité entre couleurs, scénographie et discours ?

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Ici, seul le logo Europe Ecologie et la chemise légèrement ouverte sans cravate (et le discours dans un second temps) peuvent jouer comme indice d’appartenance à un parti politique. Là, également, un usage du vert et du blanc cassé assez rare pour un parti PS, même si le rouge reste bien visible et sert justement d’indice. Et que pensez de cette dernière affiche ? Sans la présence du logo UMP, impossible de savoir vers quel bord se tourner.

Manifester un écart chromatique peut-être une stratégie intéressante, elle peut venir connoter l’idée de «changement» ou de «compromis» politique et, au mieux, créer de la curiosité. Au pire, cet écart renvoie à l’idée d’ «instabilité» et d’ «inconsistance».

 

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