Pénélope ne savait pas : les zones d’ombre dans le discours de Fillon ou quand les mots trahissent la pensée

les fillons en pleursL’analyse discursive des mots prononcés par François Fillon, sur les plateaux de TF1 et sur la tribune de la Villette pour son grand rassemblement, montre des zones claires et des zones d’ombre. Décryptage des mots et de la scénographie du PenelopeGate.

Hypothèse de départ : Pénélope ne savait rien…

Réécouter les discours à la lumière de cette hypothèse donne un nouvel éclairage à toute la scénographie qui a eu lieu ces derniers jours :

  • le bouquet de fleurs reçu lors du meeting est une sorte de « remerciements et/ou pardon ».  Dans la symbolique des couleurs, le blanc représente l’humilité (Cf. « elle est à mes côtés avec discrétion ») et le mauve représente la dimension précieuse (cf. « elle est remarquable, elle est exceptionnelle »)

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  • les prises de parole successives de François Fillon sont des déclamations, dont le sens premier du terme est :

« Art de réciter devant un public un texte de manière expressivité » (Larousse)

Et c’est justement cette expressivité qui nous a mis sur la piste… Si peu habituelle chez ce candidat Fillon dont le positionnement est la pudeur (certains allant même jusque le qualifier d’ « austère ».) Pourquoi tant d’ouverture et d’envolées lyriques : « Je veux dire à Pénélope que je l’aime », « je la défendrai, je l’aime, je la protégerai’.

Ce champ lexical et ces tournures syntaxiques sont tout à fait en rupture avec ce que l’on connait médiatiquement de François Fillon dont le naturel réservé est dorénavant connu. Nous émettons l’hypothèse que ces axes d’expressivité forte (aussi bien d’un point de vue verbal et non-verbal -> pleurs) trahissent un pardon prononcé en creux par François Fillon. La verbalisation et la dynamique corporelle aussi ouvertement affichée sont le symptôme d’une excuse, voire d’une supplication envers sa femme. C’est parce qu’elle n’était au courant de rien que François Fillon multiplie les prises de paroles enflammées, pour se racheter auprès de celle qu’il aime.

Ce que les mots nous disent…

Voici le code couleur que nous avons utilisés pour décrypter une partie de ses deux prises de parole :

Capture d’écran 2017-02-03 à 16.49.49L’embarras, la gêne ou les non-dits du locuteur sont visibles lorsque les « paquets » de couleurs sont les uns sur les autres… C’est une des définitions de la langue de bois : plus j’ai d’infinitif, de subordonnées, de négations, plus je tente de noyer le poisson.
Capture d’écran 2017-02-03 à 17.25.32Ce qui interroge dans ce passage, c’est la tournure de la phrase : « vous n’imaginez pas à quel point elle souffre qu’on puisse penser qu’elle n’a pas respecté les règles ». Le passage en gras est une succession d’infinitif, de subordonnée et de négation = il y a un loup ! La souffrance de Pénélope est réelle, mais ne porte pas sur ce qu’elle imagine que les autres pensent d’elle…  La tournure syntaxique utilisée par François Fillon montre qu’il noie le poisson sur la cause réelle de cette souffrance.

Capture d’écran 2017-02-03 à 16.45.54Dans ce passage, trois points intéressants :

  • le « nous » qui apparait pour dire « nous n’avons rien à cacher », alors que seuls le « je » et le « elle » existaient avant. J’interrogerai sur ce « nous » -> veut-il dire « elle n’a rien à cacher, je le sais « , ou « je n’ai rien à cacher, elle le sait » ou encore « je sais que j’ai (rien) à cacher mais elle n’en sait rien » D’ailleurs l’usage absolu du « rien » est également problématique.
  • « je ne pardonnerai jamais à ceux qui ont choisi de nous jeter aux loups ». On  s’attendrait plutôt à une phrase du type « je ne pardonnerai jamais à ceux qui nous ont jeté aux loups » -> que vient faire le verbe « choisir » ici ? Intéressant, car il démontre que les informations étaient accessibles à tous, mais certains ont fait le choix de révéler, alors que d’autres ont fait le choix de taire. Mais visiblement, il n’y en a aucun qui ne savait pas. On ne peut pas choisir ce dont on ne connaît pas l’existence…
  • Enfin le décrochage de la voix au moment de « je veux dire à Pénélope que je l’aime » (devant témoins) qui est un des indices les plus fiables que François Fillon demande, en creux, pardon à sa femme : le meeting tant attendu à été le lieu scénographique d’un mea culpa.

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