Primaires de droite : qui a gagné ?

primaire droite dernier débatHier soir avait lieu le dernier débat des primaires de la Droite, avant la réponse des urnes. Assez long, il a permis à chacun de se positionner tactiquement. Mais que nous disent leurs mots et leurs gestes de leurs comportements et personnalité ? Décryptage de chacun de ces profils et distribution des prix !

L’analyse que vous allez lire se situe à la croisée des chemins. Elle est fondée sur :

  • les apports de la pragmatique et de l’analyse de discours. Il s’agit de percevoir les occurrences linguistiques les plus redondantes chez  chacun des candidats : quel type de champ lexical (émotionnel vs analytique) ? quel type de construction syntaxique (tournures alambiquées vs phrases Sujet Verbe Objet) ? quel type de grammaire (usage de pronoms personnels versus tournures impersonnelles) ? Références bibliographiques : Benveniste, Maingueneau, Austin.
  • les apports de la communication non verbale et de la synergologie. Il s’agit de percevoir les occurrences corporelles les plus redondantes et idiomatiques (propres à l’individu) : quels types de gestes communicatifs (projectifs versus distanciés) ?, quels types de posture (corps vigilant versus corps conquérant) ? Références bibliographiques : Morris, Cosnier, Turchet
  • les apports des neurosciences sur les différents types de comportements. Il s’agit de percevoir les différents types de stress qui se sont exprimés hier en plateau afin de déterminer la personnalité sous-jacente. Références bibliographiques : Laborit et Fradin.

A partir de ces acquis, voici ce que nous avons pu observer de manière succincte  hier soir :

  • Jean François Copé : celui qui amuse la galerie. Il a de nombreuses prises de paroles affirmées (il parle plus fort que les autres). Et souvent, lorsqu’il argumente, la caméra montre le tryptique Sarkozy, Juppé et Fillon en gros plan. Et les sourires en disent longs : tour à tour franchement amusés ou condescendants, jamais il n’y en a eu autant sur le plateau. Habile dans les joutes oratoires ou pour « ruer dans les brancards », Jean-François Copé n’est pas le plus convaincant mais il assure le show. Sans doute, la position en bout de fil avec Nicolas Sarkozy sur sa gauche a amplifié cette nécessité de marquer son territoire par l’humour. Jean-François Copé est celui qui sourit le plus. Bonnet d’âne ? Sans doute. C’est aussi celui qui montre le plus une capacité d’autodérision.
  • Nicolas Sarkozy : le plus affecté. Souvent perçu comme un conquérant à travers des gestes d’agressivité qui reviennent (index accusateur, mimiques faciales…), Nicolas Sarkozy est en fait un grand relationnel. C’est lui qui se montre le plus affecté : il parle toujours plus de la relation que du contenu (« Merci monsieur Pujadas », « j’espère que c’était pas trop long monsieur Pujadas », « si vous permettez »). Il utilise de manière abondante les tournures interpellatives et le « vous ». Il vérifie en permanence le niveau de la relation. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer ironique ou cassant. Car ses arguments sont en majorité tournés vers l’autre : pour le remettre en cause ou lui mettre de la pommade. Il utilisera même le terme « amis » ironiquement (« mes amis ne s’en souviennent pas mais »), là où les autres préfèrent le terme « concurrents ».
  • Alain Juppé,  le plus précis. Il alterne entre deux paradigmes : l’effacement (il ne prend pas de risques, ne se « mouille pas ») ou avance ses arguments de manière statutaire : c’est le sachant. Les gestes qui reviennent le plus chez lui sont des gestes de précision (les deux index réunis, la main en crabe). Il n’hésite pas à couper la parole du journaliste pour continuer ou réaffirmer son idée, quitte à dire le contraire de ce que le journaliste vient d’énoncer. Il est en posture de vigilance et de contrôle extrême (posture du corps rigide et pincements de lèvres très visibles à chaque fin de phrase). Avec lui, c’est du sérieux !
  • NKM, la plus visionnaire. Une fois de plus au centre symbolique du débat (au milieu de la scène), NKM est une déffricheuse. Son champ lexical est, plus que les autres, tourné vers les enjeux de demain : se montre sensible à l’écologie (le mot revient plusieurs fois), remet en cause l’aspect normatif actuel de l’administration, pense aux nouvelles formes de travail demain. Dans son discours, elle revient très souvent la nécessité de s’adapter aux changements d’un monde qui bouge. Moins à l’aise sur les questions d’éducation ou d’économie, elle sait être pertinente lorsqu’il s’agit de combattre le terrorisme et « pas seulement en Syrie ». C’est la seule qui, lors du 2e débat, avait rappelé la nécessité d’un islam de France. Cependant, son corps montre encore beaucoup « l’ethos de droite » dont parlait Bourdieu à propos de Ségolène Royal. Moins stricte en chemise bleue, NKM a ce port de tête et cette élocution toute particulière qui peuvent passer pour de l’arrogance.
  • Poisson, le plus dubitatif. C’est lui qui aura été le plus en désaccord avec ce qui s’est dit sur le plateau. Il a alterné entre sourires de dépit et moues dubitatives répétées. Allant même jusqu’à verbaliser plusieurs fois « Non, ce n’est pas ça ». Le « non » est revenu souvent dans son discours, plus que les autres. Il alterne entre des énoncés formels et structurés, et des énoncés plus personnels voire émotionnels. Ainsi aura-t-on appris que ce n’était pas « un élève facile » et qu’il a vécu en banlieue. Il s’est donc livré personnellement, là où les autres restent théoriques. Mais ce type d’argument ne peut séduire qu’une partie du public. Il aura eu du mal à apparaître comme un « sachant ».
  • François Fillon, le plus juste. Au sens de « justesse », qui ne déborde jamais. Encore une fois très analytique hier, Fillon est étonnant. Sa gestuelle et ses mots sont très normatifs et protocolaires. Il coupera très peu la parole, attendra sagement son tour. Même quand les journalistes lui ont donné alors qu’un Nicolas Sarkozy, impatient, s’exprime à sa place. Il choisit toujours des tonalités de grisés pour ses costumes et se fond ainsi dans le décor. Il est très facilement en retrait par rapport aux autres : il respecte les règles. Et pourtant ! Il les remettra en cause lors de la dernière partie du débat et David Pujadas ira jusque qualifier son programme comme « le plus original ». Pourtant, le corps et les mots de Fillon portent tout, sauf la dissidence.
  • Bruno Le Maire, le plus outsider. A l’extérieur de la scène : oustider symbolique. Extrême dans ses propos : outsider moral.  Il parle également très fort, et utilise avec abondance le « moi, je ». Sait affirmer son désaccord de manière visible : focalise les yeux sur son interlocuteur pour être sur qu’il comprend, reprend souvent une structure syntaxique « je ne veux pas que », « je ne pense pas que ». Il arbore la figure du conquérant qui bombe le torse et se montre tonique.

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