Quand Baupin fait du DSK

Baupin DSK

LE PLUS. Si l’interview de Denis Baupin, parue cette semaine en exclusivité dans « l’Obs » a de quoi surprendre, entre les lignes, c’est la partition calibrée d’un DSK reprend vie, comme par magie. Elodie Mielczarek compare les deux discours.

Article à lire sur le site du Nouvel Obs.

L’interview de Denis Baupin, parue cette semaine en exclusivité dans « l’Obs » a de quoi surprendre. Pourtant, la musique ne semble pas si nouvelle, et les paroles déjà entendues. Les mots semblent avoir été sélectionnés, pesés, et refourgués… avec un arrière-goût de « reviens-y ».

Entre les lignes, la partition calibrée d’un DSK reprend vie, comme par magie. Regards croisés avec l’interview de l’ancien président du FMI, sur TF1. Une rhétorique similaire pour une stratégie identique en trois points :

rhétorique

1. Au début : minimiser son action

Le grand point en commun entre ces deux hommes politiques : l’euphémisation de l’action. Le « je » n’apparaît qu’aux endroits stratégiques. Mais quand il s’agit d’évoquer les faits et l’action dénoncée, on retrouve uniquement des tournures impersonnelles.

Alors que DSK affirmait : « c’est une relation inappropriée, mais plus que ça, une faute (…) une faute morale », Baupin prend la rélève en déclarant, toujours avec omission du sujet : « Il a pu y avoir des situations de libertinage incompris ». « Il s’agit de », « c’est », « il a pu », « peut-être », autant de tournures qui indiquent que la culpabilité ou la prise de conscience ne sont pas vraiment au rendez-vous…

2. Au milieu : montrer patte blanche devant la justice

Ensuite, vient le temps de la Justice. Les deux hommes blanchissent leur ligne de conduite au regard de la Loi. Alors que l’un n’avait que les mots « preuves » ou « rapport du procureur » à la bouche ( » le rapport du procureur ne m’accuse en rien en matières de traces ou de blessures « ), l’autre se montre un peu plus hésitant… « Je ne crois pas que ce soit répréhensible par la loi ».  

Tous les deux défendent une ligne stratégique encadré par le cadre légal. D’ailleurs, à y regarder de plus près, ce n’est pas vraiment de leur faute. DSK saupoudrait sa déclaration de méfiance vis-à-vis de « motivations financières », quand Baupin nous explique que « le contexte a changé ». Son comportement ? Une mauvaise réactualisation des codes et normes actuelles : les écolos ne sont plus libertins, et la société moins « open ». Vous l’aurez compris, derrière la grande déclaration de la « faute morale », et la « maladresse » de Baupin, il y a des coupables beaucoup plus insidieux.

Et puis finalement, était-ce si grave ? Nous parlons de relation « consentie » entre adultes. Exit l’exercice du troussage de bonne parce que t’es plein aux as, exit l’expression de ta supériorité machiste avec tes collègues subordonnées. Tout cela c’est parce qu’elles le valent bien : « Ce qui s’est passé ne comprend ni violence, ni contrainte, ni agression ». Dans la bouche de Baupin, ça donne une définition à faire frémir le dico : « le harcèlement, c’est quand il y a une volonté d’obliger ». Car c’est bien connu, le harcèlement moral ou psychique, ou même la violence symbolique, ça n’existe pas ! Ou comment balayer en un revers de manche, des décennies de recherche en sciences humaines sur les discriminations et inégalités sociales…

3. A la fin, concéder pour rester crédible

Bon, il faut quand même rester crédible. Et là, ça se joue à la conclusion. Dans les deux cas, elle s’articule autour d’une figure de rhétorique : la fausse concession. DSK affirmait : « Ce portrait, moi je ne l’aime pas et je le récuse même si j’y ai ma part de responsabilité », Baupin répond : « Je n’ai rien fait d’illégal, mais j’ai pu être ressenti comme quelqu’un de lourdingue ».

En effet, le « P1 même si P2″ a la même structure argumentative que le « P1 mais P2″. Ce sont de fausses concessions qui permettent de garder la face. Grosso modo, équivalent à un « je reconnais que j’ai merdé, mais je vais pas le dire trop fort ». Et pour conclure, surtout ne laisser aucun doute sur sa qualité morale. Le « j’ai du respect pour les femmes » se transforme en une tournure tout aussi délicate : « j’ai toujours eu le sentiment d’être respectueux ». Nous voilà donc rassurées, du respect, ils en ont à revendre.

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