première conf de presse de Hollande


François Hollande a tenu mardi la première conférence de presse de son mandat de président. Une manifestation globalement saluée par les commentateurs. Même si elle juge réussie, la prestation du président de la République montre quelques hésitations. Décryptage.

Exercice réussi pour le Président de la République devant les Français, ses ministres et les journalistes. Fait marquant : une réorientation discursive habile qui passe par une maîtrise :

  • des mots  choisis : responsabilité (versus normalité), pacte (versus cap), etc.
  • de la gestuelle : beaucoup moins de cafouillage, d’hésitations, de mots avalés.

Une présidence «responsable» beaucoup plus cohérente avec l’imaginaire collectif de ce qu’est être président (versus la normalité : un président ne peut pas être normal !) et une plus grande aisance oratoire.

 

Un relationnel très fort à travers des jeux de connivence

Alors que l’exercice est beaucoup moins intimiste qu’un 20h (tête à tête, très gros plans, etc.), François Hollande réussit à créer du lien, il crée une connivence entre lui et son public. De deux façons :

  • Une très bonne gestion de l’espace : le son de la voix n’est ni trop fort ni trop faible (versus les meetings de campagne). Par ailleurs, il arrive à capter par son regard l’ensemble de la salle et reste quelques secondes sur la caméra, il s’adresse donc directement à tout le monde de façon assez intuitive.
  • Des joutes humoristiques qui permettent d’introduire de la spontanéité à une mise en scène qui serait sinon trop magistrale et préparée. Voire même à évacuer les questions ennuyantes.

 

Le costume présidentiel habité

A travers ce discours, François Hollande construit un nouvel «ethos» (image de lui dans le discours). Alors que celui-ci était passif et distancié, on pouvait souvent le surprendre à parler de lui à la 3e personne du singulier («le président de la République et le gouvernement»), le discours de ce soir construit un «je» actif et chevaleresque : «je tiens mon engagement», «j’assume», «voilà le courage du changement», «je me bats» et un champ lexical guerrier («poudrière», «tranchées», «justice territoriale», «bataille», «mobiliser» etc.) Plus de flamby donc mais l’incarnation d’un chef, le costume présidentiel est bel et bien habité. Autre référence mythique : Obama dont le Président prononce le nom et à qui il empreinte la cravate bleue et large. Un message pas si subliminal.

 

Deux points thématiques gênants

Nous l’avons dit, François Hollande est très à l’aise dans cet exercice présidentiel (il va jusqu’à créer lui-même les questions !) Cependant, nous avons pu remarquer deux expressions gestuelles fortes, révélatrices d’une gêne profonde sur les thèmes de :

  • la compétitivité : souvent quand il prononce ce mot ou les périphrases du type «la place de la France majeure en Europe», on peut observer un rictus au niveau des lèvres qui indique une maîtrise très forte de son sujet à ce moment, voire la volonté d’en dire plus mais ne pas pouvoir le faire.
  • les partenaires sociaux : nous avons eu le droit a un beau laspus gestuel, lorsque François Hollande prononce la première fois «les partenaires sociaux participeront», il fait un non de la tête en même temps… Par la suite, la gestuelle retrouve sa cohérence au sein du discours. Notons que le plus gros cafouillage lors de son entretien avec Claire Chazal portait justement sur ce point. La journaliste avait insisté «(en cas de litige avec les partenaires sociaux) c’est donc l’état qui va décider ?», le Président n’était pas du tout à l’aise pour répondre à cette question (contradiction logique, hésitations et bégaiements.)

La valeur compétitive de la France et la place des partenaires sociaux en cas de litige semblent deux points problématiques pour le Président de la République. Même si cela ne paraît pas au sein du discours, sa gestuelle le trahit.

Article à  lire sur le Plus du Nouvel Obs.

 

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